La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.
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L’amour, de François Bégaudeau

Francois Bégaudeau conte en accéléré la vie du couple Jeanne et Jacques, d'une langue à la fois authentique et précise ; en 97 pages, il peint le cours de leur existence. 

Des années 70 à nos jours, le rythme du récit embarque le lecteur qui, dans le quotidien, voit se dérouler plusieurs époques - comme dans un film, sur un paysage identique, de saison en saison, d’année en année. 


L’universalité de l'histoire se déduit de la richesse des détails, du phrasé des différentes décennies, des sentiments de chaque personnage. Une tranche de vie(s) à valeur anthropologique, photographie vivante de l’humanité. 


Ce roman a autant de charme qu'il se révèle profond.

Une pépite de réalité idéale, dans notre monde rapide et numérique. 


L’amour, de François Bégaudeau

Aux éditions Verticales

En poche chez Folio

De guerre lasse, de Françoise Sagan

En l’espace de sept jours au soleil, en province, le récit se déroule dans le calme inquiétant de la zone libre, dans les rues d’un Paris occupé par la haine et l’idéologie nazie. Le trio immémorial - l’amant, la maîtresse, l’ami, réinterprête la danse de la vie face à la folie humaine, face à l’ombre menaçante de la mort. 


À travers Alice, Jérôme, Charles - ses personnages, Francoise Sagan s’offre le luxe de parler d’amour en même temps de parler de la guerre, de la terre, de liberté, d’amitié, de totalitarisme, de complaisance, de résistance, de ce que l’espèce humaine est capable de se faire à elle-même. 


Un ultime chapitre, éblouissant, voit se profiler le basculement de 1942, l’horreur tout recouvrir, les terres, l’avenir. 

Reste l’été 42 comme une éphémère parenthèse ensoleillée, une dernière pirouette sous les volutes de l’écriture d’une Sagan au sommet de son art.


De guerre lasse, de Françoise Sagan

Aux éditions Gallimard et en poche chez Folio

Salammbô, de Gustave Flaubert

Ce livre, imaginé, documenté et écrit par Flaubert entre 1857 et 1862, serait-il le roman parfait ?

Les cinq cents pages ont gardé toute leur puissance, et leur contemporanéité. L’histoire défile à vive allure dans le cadre exotique somptueux de Carthage, lors des guerres puniques du IIIème siècle avant JC. Écrite dans une langue foisonnante, elle plonge le lecteur dans une ambiance à la fois magique, romantique et violente où courent les mots pour décrire les palais et jardins aux parfums déjà disparus, la guerre les ruses les alliances et les mésalliances, les victoires les revers de fortune et les sanglantes défaites, les dieux effrayants et les pratiques cruelles. Autre temps, autre monde.

Au cœur de ce chaos, assujettie aux projets de son père le puissant suffète Hamilcar, Salammbô, de sa beauté hiératique déchaîne les passions. Dans sa quête désespérée de rapporter à la déesse Tanit son voile sacré, volé par les barbares, quel avenir pourra être le sien ?


L'auteur mêle son imagination fertile, sa passion pour l'orient, avec le désir de développer une grande épopée guerrière l'habitant depuis l'écriture de Madame Bovary. Le récit riche et ultra documenté n'omet aucun détail des fortunes cachées comme des pires atrocités et des barbaries pratiquées par les deux camps. Les pages se tournent à toute vitesse jusqu'à la conclusion, forcément tragique.


Et puis, comment résister à cette première phrase ?

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ». 


Salammbô, de Gustave Flaubert

Une édition Folio classique

Le parfum des fleurs la nuit, de Leïla Slimani

Dans le cadre de la collection "Ma nuit au musée"* (à l'initiative de la maison d'édition Stock), la romancière Leïla Slimani accepte de passer une nuit, seule, à la Punta della Dogana. Une partie de la collection d'art contemporain Pinault y est exposée depuis 2009, à l'extrême pointe du Dorsoduro, près de la Basilique Santa Maria della Salute, là où se rejoignent le Grand Canal et le Canal de la Guidecca. Le musée d'art contemporain rénové par Tadao Andō intègre un cube de béton comme centre névralgique des anciennes douanes XVIIème de Venise. 

Au cœur des 5000m2 de bâtiments à l'esthétique forte et l'histoire chargée, Leïla Slimani livre sans détour ses impressions. Perdue dans le plan du musée, intimidée par l'art contemporain, au fil des heures et de sa visite dans le silence et l'obscurité se dessinent son rapport à la solitude, à l'écriture, au déplacement, au déracinement. Dans cette errance s'invite la ville de Venise, son passé et son avenir ; dans la nuit surgissent les lieux de l'enfance, leur géographie leurs parfums ; et dans ce cadre mouvant s'installe un dialogue entre l'auteure et son père, entre l'adulte et la jeune fille qu'elle était, un dialogue avec la vie tout simplement.

Ce livre est porté par une écriture magnifique, il nous emporte au loin ou bien tout près, en Orient en Occident, en famille ou sur les chemins de la littérature.

Le parfum des fleurs la nuit, de Leïla Slimani,
Aux éditions Folio et Stock

* Dans la même collection, Lola Laffon passe une nuit dans le musée Anne Frank d'Amsterdam. "Quand tu écouteras cette chanson", un récit très fort.

La perle, de John Steinbeck

Dans une baie de basse Californie, Kino, pêcheur indigène, découvre un jour La perle, celle qui pourrait changer sa vie, la vie de sa femme et de leur bébé élevé dans la pauvreté d’une communauté mise à l’écart du confort, des soins, de l'éducation, de la réussite.

Le mal, la jalousie et la convoitise montent comme la gangrène au fil des lignes, dans le cœur des hommes, les bons les mauvais, dans ce conte haletant sombre et dense. 


La perle, de John Steinbeck - Prix Nobel de littérature

Jours sans faim, de Delphine de Vigan (Lou Delvig)

Laure a dix-neuf ans, mesure un mètre soixante-quinze et pèse trente-six kilos. Elle ne peut plus parler ni lire, presque plus réfléchir, marcher sans tomber, s’assoir sans que la pointe de ses os ne lacère sa peau.

Dans ce livre comme un journal de bord, hospitalisée aux portes de la mort et de la folie, jour après jour elle lutte contre elle-même, contre le double malfaisant à qui elle a donné un nom, contre l'impératif de contrôle qui régissait sa vie. Bouchée après bouchée, un liquide de gavage coulant par le nez, comptant les calories elle revient à la vie en voyant avec angoisse les kilos revenir. Épaulée par le médecin qui l’a prise en charge, écoutée, portée à bout de bras, vue pleurer, crier, elle avoue par bribes une mère malade, absente, un père furieux, maltraitant et une belle-mère assortie, une sœur et un frère également pris en otage.

Autour de Laure les patients - boulimique, anorexique, en surpoids ou en fin de vie, habitent chacun quelques mètres de l’espace hospitalier, mêlant aux autres à sa façon une tranche de vie.

La maladie pour seule moyen d’exister ? Si elle sort, si elle s’en sort, Laure devra, seule, répondre à cette question.


Ce roman, premier texte publié (sous pseudonyme) par Delphine de Vigan, fait écho au récit de son magnifique livre autobiographique, Rien ne s’oppose à la nuit

Un récit dur, fort, puissant, très bien écrit, dont les mots et les idées sont aussi difficiles à lire qu’indispensables à dire.


Jours sans faim, de Delphine de Vigan

Aux éditions J'ai lu, Folio, Grasset

Le Roitelet, de Jean-François Beauchemin

Le narrateur vit au cœur de la nature avec son épouse, entouré d’amis, proche de son frère plus jeune de quelques années. S’ils ne sont pas prénommés dans ce roman, on devine l’essentiel : leurs sentiments, leurs ressentis et surtout la force du lien qui les unit face à l’ombre au dessus du cadet. 

Les mécanismes de l’esprit du frère affleurent dans ses paroles livrées au compte goutte, tour à tour passionnantes déroutantes tendres poétiques opaques ou prophétiques, elles ajoutent à la beauté de ce livre. Le narrateur juge ses propres remarques « disparates ». Au contraire, elles dessinent page après page les contours d’une pensée différente, unique.


Le rythme léger de 63 chapitres d’une page ou deux permet l‘enchaînement de petites tranches de vies affranchies de chronologie. Ces moments, ces échanges, ces jours et ces heures partagées par l’homme avec son frère esquissent la personnalité de chacun, leur état d’esprit et au delà de la maladie mentale, leur intelligence, leur bienveillance, leur attachement. Dans la campagne, en compagnie des fantômes de chers disparus, de voisins, d’un chien d’un chat, quoi de plus important que le lien, la famille ?

Il y a beaucoup de réflexion, de pensées profondes - certaines nées de l’imagination, dans ce roman magnifique. Comme dans le personnage du frère neurodifférent, il y a aussi, j’ai envie de dire surtout, beaucoup de poésie, de beauté et beaucoup d’amour. 


Le Roitelet de Jean-François Beauchemin

Aux éditions Québec Amérique en version brochée

Chez Folio en livre de poche

Finaliste du prix Libraires en Seine, auquel j'ai le plaisir de participer.

Les enfants de l'ombre, de René Barjavel

Trois nouvelles issues du recueil Le Prince blessé, sont réunies dans cette publication à tout petit prix.

Le Prince blessé

Ali, fils du Grand Khalife, malgré toutes ses qualités se trouve confronté, à cause d’une comédienne parisienne, à un sentiment qui le dépasse, le confronte et l’enferme. Omar, le génie, saura-t-il le sauver afin qu'il soit en mesure de succéder à son père ?

Dans cette nouvelle qui n'a pas pris une ride, Barjavel oppose la beauté la force le pouvoir et l’argent, à l’amour, et prouve sa démesure. 


Les enfants de l'ombre
C'est l’histoire d’une rivière, et celle de tous les hommes, un magnifique conte inracontable un peu fou et plein de sens à la fois, sur la vanité de l’humain, le pouvoir des images et des mots, sur la justesse de l’enfance. 
J’aime cet imaginaire affranchi de toute limite, où l’écriture se fait précise, poétique, romanesque autant que fantaisiste, où la pensée amène le lecteur à une réflexion profonde, philosophique. En effet, au coeur de l’étrangeté mise en scène par Barjavel, apparait comme pire bizarrerie, la folie des hommes. L’ennui, la vacuité, le pouvoir, tout est là, en quelques lignes, en quelques pages.


Béni soit l’atome

Première partie : quelques groupes de personnes dans les transports en commun du futur sont sauvés, en apesanteur au dessus de la troisième guerre mondiale. Dans un monde à recoloniser, naît une nouvelle humanité pleine de promesses. Deuxième partie : des années, plusieurs générations plus tard, on constate que l’homme a étendu ses mondes sur les planètes voisines. Troisième partie : plus tard encore, la folie revient et avec elle, la guerre. Celle qui ne pourra rien, ou bien détruira tout.

Trois pépites, trois euros.

Les enfants de l'ombre, de René Barjavel

Au Bonheur des Dames, d'Émile Zola

Denise, vingt ans, arrive à Paris depuis sa Normandie natale avec ses deux jeunes frères, Jean et Pépé. Le décès de leurs parents les contraint à se présenter chez leur oncle, propriétaire d’une boutique de draps et flanelle où la jeune fille espère travailler. Face à ce petit commerce sombre et vieilli, s’étale sous leurs yeux, sur le trottoir opposé le luxe et la modernité d’un immense magasin, au Bonheur des Dames. Attirée de façon magnétique vers ce commerce obligeant le renouveau de tout le quartier, Denise ose se présenter pour être embauchée comme vendeuse. Elle y découvre autant un système commercial avant-gardiste de génie, que les rouages impitoyables dont elle sera la première victime. Des collègues jalouses, des alliances et des machinations à n’en plus finir, un travail éreintant, des conditions de vie difficiles jalonnent son apprentissage, sous le regard de l’impressionnant patron, Octave Mouret.

Ce roman a pour cadre le Paris des transformations haussmanniennes, à la fin du dix-neuvième siècle. À travers l’évolution inéluctable du commerce, Zola montre l’évolution de la société en cette période charnière, le Second Empire, juste avant le début de la Troisième République. Le récit, aussi précis que poétique, documenté dans les moindres détails, emporte le lecteur dans une grande fresque dont la femme est le cœur, de la plus petite employée aux dames de la haute société à travers la vie amoureuse, le travail, le mariage, la famille. Le portrait est souvent dur et cruel, tout comme les méthodes commerciales visant à en faire, sinon le « Bonheur », l’objet d’une manipulation avec pour but la réussite mercantile et financière.


La langue foisonnante, magnifique, parfois crue, ou drôle, incisive et volontiers romanesque, de Zola, offre au lecteur un chef-d’oeuvre inégalé, photographie de la société, étude des révolutions du commerce, accompagné d’une histoire sentimentale attachante.


Au Bonheur des Dames, d'Émile Zola


Pierre, de Christian Bobin

L’auteur, sur une impulsion le jour de Noël part de chez lui, prend le train pour Sète et peu avant minuit arrive chez son ami Pierre Soulages à qui il désire offrir un livre pour son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire. Durant le voyage, devant le portail, dans l’attente de la rencontre, s’écrit un dialogue profond et poétique. 

Christian Bobin livre ici un texte saisissant, chaque page d’une beauté brute, d’une extrême richesse, mêlant simplicité, puissance et philosophie, hymne au peintre, à sa présence, sa vie, son œuvre. 


Pierre, de Christian Bobin

Aux éditions Gallimard

Ou Folio en livre de poche.

Le cas Malaussène, 2 Terminus Malaussène de Daniel Pennac

Autour de Benjamin Malaussène, la famille s’agrandit, les meurtres se multiplient, la justice s’émancipe, les bons et les mauvais se côtoient dangereusement dans ce dernier opus de la géniale série littéraire. Roman policier, roman de société, roman parisien, roman sur la littérature, les relations familiales, les dérives de la jeunesse (ou de la vieillesse!), le football, la loi, l’apaisement par cuisine ?? Terminus Malaussène est tout cela à la fois, conduit par l'auteur à un rythme effréné sur 431 pages. 

Un clap de fin explosif pour les aventures des Malaussène, commencées en … 1985 avec « Au bonheur des ogres ». Des personnages hauts en couleur, désassortis mais très unis, chacun dans son univers défini par son prénom, tous réunis par un esprit de famille indéfectible, autour du personnage aussi central, présent, qu’absent : Maman. 

Livres - pépites à moins de 4€

Sur une idée du compte Instagram @lecafedejeanne
dont je suis les recommandations de lecture*,
voici ma sélection de livres essentiels, uniques, étonnants à 2€, 3€, 4€ maxi.
Tout petits, tout légers, pas chers, signés de grands noms.
Qui dit mieux ?

Un livre, un auteur :

  • Journées de lecture - Marcel Proust - Folio
  • Coucher de soleil et autres croquis de la Nouvelle-Orléans - William Faulkner - Folio
  • Les coquillages de Monsieur Chabre - Émile Zola - Flammarion
  • Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme & Le voyage dans le passé - Stefan Zweig - Pocket
  • La belle et la bête - Madame de Villeneuve - Folio
  • Philosophie de la vie conjugale - Honoré de Balzac - Folio
  • L'été - Albert Camus - Folio
  • Une vie parfaite - Francis Scott Fitzgerald - Folio
  • La fille du fermier - Jim Harrison - Folio
  • La métamorphose - Franck Kafka - Folio classique *
  • L'homme qui plantait des arbres - Jean Giono - Folio+ collège
  • La voix de l'éternelle sagesse - Khalil Gibran - Librio
  • Le plâtrier siffleur - Christian Bobin - Poésis

Thématiques :

+ Mes prochaines lectures à moins de 5€ :

  • Le diable au corps - Raymond Raguidet - Pocket *
  • Pourquoi j'écris - George Orwell - Folio




Nouvelles new-yorkaises - New York Stories, de F. S. Fitzgerald, H. Miller, J. Charyn, édition bilingue

Ces trois magnifiques nouvelles de très grands écrivains, personnifient, chacune dans son style et son époque, la ville de New-York. 

Francis Scott Fitzgerald, à travers le personnage de Rags Martin-Jones, ridiculise et humanise à la fois, avec jubilation dans un style somptueux, la haute société new-yorkaise (et mondiale) des années 1920/1930, les désirs et la vie quotidienne dans l'Upper East Side, où l'argent, la jeunesse et la beauté sont au sommet de leur pouvoir.

Autre lieu, autre ambiance, le "14e district" d'Henry Miller égraine une beauté sombre, épaisse, prenante dans une langue magnifique, peignant la vie des habitants de ce quartier de Brooklyn dans lesquels ils naissent, vivent et meurent sans conscience du reste du monde. Dans le contexte ouvrier et industriel de l'époque, le lecteur suit les errances des personnages dans toute leur bizarrerie et sans jugement, jusqu'au chaos.

Enfin, dans "Sing, Shaindele, Sing", Jerome Charyn suit les espoirs et les désillusions d'une enfant au seuil de l'âge adulte, avec tout ce que cela implique pour elle comme changements, cherchant au moyen de son don pour le chant de se faire une place tout en restant fidèle à ses valeurs.

  • Rags Martin-Jones and the Prince of Wales, de Francis Scott Fitzgerald
  • The Fourteenth Ward, d'Henry Miller
  • Sing, Shaindele, Sing, de Jerome Charyn
Nouvelles new-yorkaises / New York Stories

Je recommande ces formidables éditions bilingues, en particulier pour des récits comme ceux-ci, au vocabulaire pointu, elles permettent de les lire dans le texte, page de gauche en anglais, page de droite traduits en français.

Fille, de Camille Laurens

Dans Fille, Camille Laurens déroule la vie d'une femme et à travers chaque ligne, chaque chapitre, elle exprime ce qu’est être une fille, ce qui pèse sur une fille. Le poids infini des mots, des idées, de l’éducation, de la transmission, de la société, de ses propres préjugés. 

Le sens de la féminité, avec son apprentissage, son évolution au cours des années, tout est là, implacable, juste et fort, dans la vie contée de Laurence, née en 1959, fille, sœur, petite-fille, arrière petite-fille et mère d’une fille. 

La maîtrise parfaite de la langue permet à l'auteure une modernité dans un style maitrisé, un humour un peu féroce qui donnent le ton et font passer les messages. Alors oui, comme dans la vie parfois c’est rude, mais c’est un texte essentiel et magnifique. La femme y est âpre et douce, une et multiple, elle doute, elle est fière, elle existe dans chaque mot, sur chaque page. 




La place, d'Annie Ernaux

De son écriture au couteau, Annie Ernaux tranche sans complaisance dans ses souvenirs pour dessiner la silhouette de son père. L’épicerie, le café, la province, son enfance ; puis ses études, son mariage, sa nouvelle vie. 

À la fois actrice et observatrice, confrontée à la condition dans laquelle sa famille continue d’évoluer,  troublée elle observe le changement qui s’opère petit à petit quand elle quitte leur monde pour celui de la culture et d’une aisance bourgeoise. 

Alors dans son récit elle épure, coupe, choisit, pour ne garder que l’essentiel : la vie quotidienne, les habitudes, les manières, le langage, qui disent tout d’une classe sociale, d’une région, d’une époque, avec l’existence de son père au cœur de la toile. 


J'ai choisi l'édition Folio plus classiques - 20e siècle destinée aux lycéens, qui ajoute au texte intégral une lecture d'image sur Claude Batho (Le couloir, Olette - en couverture) par Olivier Tomasini et un dossier de mise en perspective de l'œuvre par Jean-Louis Fort (courant littéraire, genre, groupement de textes sur la relation père-fille, chronologie et fiche de lecture).


La place, d'Annie Ernaux

Aux éditions Gallimard

En édition Folio plus classiques - 2Oe siècle

Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry


Terre des Hommes n'est ni un roman, ni un livre biographique. C'est le récit de tranches de vie, celles de héros du quotidien qui ont tout risqué pour faire avancer le transport, les liaisons, pour livrer le courrier en avion au bout du monde dans des lieux inhospitaliers et des conditions extrêmes.
Les mots volent, eux aussi, au fil des pages, entre poésie et philosophie. Dans cette recherche humaniste, Antoine de Saint-Éxupéry parle de son métier en parlant rarement de lui-même, et témoigne à travers ces lignes d'un profond respect pour les hommes comme pour la terre.

Au cœur du récit, il pose des pensées universelles qui -parfois malheureusement- sont toujours d'actualité quatre-vingts ans plus tard, véhiculées par des phrases magnifiques, tellement belles qu’elles peuvent être relues à l'infini. À la recherche d'un beau passage à partager, j'ai presque corné toutes les pages du livre et ne savais plus que choisir.
Les mots, les idées sublimes sont dans Terre des Hommes d’une grande justesse, d’une profonde humanité, sans emphase sans prétention, juste l’envie de rapporter des bribes de vies, un souffle du désert. 

Un texte essentiel.

Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Éxupéry
 

Charlotte, de David Foenkinos

Dans ce livre, David Foenkinos dépose des mots sur son obsession pour l'artiste allemande Charlotte Salomon. 

Dans son sillage, nous suivons Charlotte, sa famille et leurs fêlures profondes, de l'Allemagne au sud de la France, des années 1910 au cœur monstrueux de la Shoah.

Viscéralement artiste, différente, Charlotte est portée par les évolutions de la vie depuis l'enfance jusqu'à la vie de femme. Elle créé une œuvre unique, personnelle, authentique, à la fois grandie par l'enseignement des Beaux-Arts, mais affranchie de tout cadre.

Le rythme particulier de ce roman lui donne beaucoup de force,
et l'implication de l'écrivain autant de sincérité.

Charlotte, de David Foenkinos
aux éditions Gallimard et Folio

Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens 2014

La Grande Arche, de Laurence Cossé

Redécouvrir l’épopée de la construction de la Grande Arche de la Défense, depuis les premiers projets au tout début des années 1980. Le récit de Laurence Cossé (publié en 2016) se lit comme un roman, dont le sujet est devenu avec le temps un témoignage historique et sociologique.

La construction épique d'un monument aussi exceptionnel qu'un peu oublié : dans un environnement politique étouffant, les incompréhensions culturelles ajoutent aux multiples rebondissements économiques et publiques. La complexe mise en œuvre de son projet vire au drame pour le concepteur de la Grande Arche, l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen.

Extrêmement documenté, le travail de Laurence Cossé plonge dans les archives de l'ouvrage, de sa construction, explore les défis techniques, les enjeux; autant que les remugles psychologiques, les batailles d'égos, les ambitions, les non-dits.


Passionnant et poignant, évitant les écueils du jugement, le livre donne envie de se réapproprier la Grande Arche, monument emblématique parisien qui aujourd’hui plus que jamais cherche sa voie, son utilité.

La Grande Arche, de Laurence Cossé
Publié chez Gallimard aux éditions de la NRF, en poche par Folio


Chagrin d'école, de Daniel Pennac

Mauvais élève, toujours en fin de classement, Daniel Pennac s’avoue enfant fermé aux maths, dysorthographique, rétif à la mémorisation (histoire géo), inapte à l’apprentissage (langues étrangères), sans meilleurs résultats annexes (sport ou activité artistique), bachelier avec difficulté, semblant ne pas faire et surtout ne pas comprendre.

Voilà un prix Renaudot doublement mérité, par l’écrivain et par l’écolier, l’étudiant qu’il a été.

Merci, Daniel Pennac pour la sincérité du témoignage d’un grand écrivain parti de loin, pour l’espoir et l’humour nous manquant parfois pour avoir confiance et aller de l’avant.

Je dédicace cette ode à l’enfance, ce droit à la différence des écoliers inadaptés mais pas inaptes, à leurs parents paniqués autant qu’hérissés, aux enseignants qui s’engagent à leur côté pour faire rimer scolarité avec développement et espoir. 

Chagrin d'école, de Daniel Pennac
Prix Renaudot 2007
Version brochée éditée par Gallimard
Ou poche chez Folio

Joyeux Noël ! Histoires à lire au pied du sapin

Dans ce charmant petit poche de Noël, 11 grands écrivains content chacun une histoire de Noël pour notre plus grand bonheur.

Au pied du sapin, devant la cheminée, au lever, au coucher quand vous vous voudrez, lisez Apollinaire, Tchekhov, Dickens, Clément Marot, Maupassant, Fitzgerald, Marcel Aymé, Jules Laforgue, Truman Capote, Blaise Cendrars et Sylvain Tesson.
Dans l’ordre que vous voulez, aussi souvent que vous voulez.

Littérature, esprit des fêtes et partage : magnifique programme de ce folio à 2€.
Joyeux Noël ! Histoires à lire au pied du sapin