La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.
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"Je ne serais pas arrivée là si ..." 30 femmes racontent, d'Annick Cojean

Annick Cojean choisi 30 interviews parmi toutes celles réalisées pour Le Monde dans le cadre de sa chronique "Je ne serais pas arrivé.e là si ..." .
30 femmes se livrent avec sincérité et toute leur personnalité sur ce sujet fondateur, sur ce qui les a constituées et pourquoi, comment elles ont rebondi, grandi, avancé.
Comment porter la douleur, supporter la discrimination, la suprématie familiale ou masculine, en tirer force, pouvoir d'engagement, refuser les carcans les enfermements dans une case une famille un milieu social ou un mariage.

30 femmes hautement inspirantes, 30 chapitres à lire dans l'ordre souhaité. J'ai adoré papillonner d'Amélie Nothomb à Marianne Faithfull, de Virginie Despentes à Patti Smith, d'Hélène Grimaud à Anne Hidalgo, Laura Flessel, Agnès B., Marie-Claude Pietragalla, ... découvrir leur enfance, leur vie, leurs fêlures, leurs fiertés.


Une lecture essentielle

Métaphysique des tubes, d'Amélie Nothomb

Ce livre aux accents autobiographiques est un texte complet, à part entière, que l'on l'imagine précéder le Sabotage amoureux. La première partie est parée d'une étrangeté métaphysique jusqu'au moment où l'enfant inanimée nait une seconde fois, à deux ans et demi. Elle découvre la vie auprès de sa mère, son père consul de Belgique au Japon, son frère sa sœur, et sa nounou japonaise. Ses yeux s'ouvrent sur son monde et son esprit à tout ce qui l'entoure. Son pays d'accueil lui plait tant qu'elle ne peut envisager de le quitter, alors qu'elle expérimente la vie, la mort, la gentillesse et la méchanceté, l'amour et l'indifférence.

Aux côtés de la singulière petite fille de trois ans je me suis perdue dans les beautés du Japon, j’ai arpenté le jardin, observé la pluie, le ciel depuis le fond de l’eau. Dans la terre meuble de la petite enfance où tout semble permanent, naissent de l’expérience de nouveaux sentiments, de nouvelles idées.

Émouvant et puissant.

Métaphysique des tubes, d'Amélie Nothomb
Aux éditions Albin Michel et Livre de Poche

Rose, de Tatiana de Rosnay

De son talent de conteuse, l'écrivaine se glisse dans les souliers de Rose, habitante de la rue Childebert, tout près de l'église Saint-Germain des Prés. À l'unisson de nombreuses rues de la capitale, le quartier fait partie du grand projet de modernisation du préfet, le baron Haussmann. Depuis leur maison familiale, Rose adresse à son époux décédé des lettres dans lesquelles lui raconter sa vie, celle de ses amis et voisins, où petit à petit oser formuler ce qui l'effraie, ce qui la ronge. Le souvenirs des disparus, la vie du quartier, son combat, ses espoirs, ses blessures, sa révolte.

La forme épistolaire apporte au récit une dynamique renforcée par la tension que le lecteur sent monter au fur et à mesure de l'approche d'une échéance inéluctable. Au fil de ses souvenirs Rose replonge dans le passé, dévoilant de nouveaux pans de sa vie. L'écriture adopte un style bien accordé à cette fin du XIXème siècle, pour peindre avec des sons, des odeurs et des couleurs la vie quotidienne des parisiens, adultes, enfants, commerçants, nobles ou bien modestes.


Ce roman est peuplé de beaux personnages de femmes autour de la narratrice : son amie fleuriste, l'élégante baronne, maman Odette, ... Très documenté, il offre une passionnante promenade dans un Paris perdu, oublié, et propose, face aux rénovations nécessaires pour une ville plus saine et plus moderne, une tranche de vie des habitants, ceux qui ont été expropriés, obligés de changer de lieu de vie, d'abandonner à la démolition leur histoire et leur passé.


Rose est de ces livres que l’on regrette de terminer, dont on tourne avec tristesse la dernière page pour le laisser résonner en soi avant d’en choisir un autre. 


Rose, de Tatiana de Rosnay

Dans une très jolie édition chez Héloïse d'Ormesson

Et au Livre de Poche avec cette belle illustration : Boulevard dans Paris 1885 (Akseli Valdemar Gallen-Kallela)


Le sabotage amoureux, d'Amélie Nothomb

En Chine dans le ghetto de San Li Tun, de 1972 à 1975 une guerre internationale sans pitié a eu lieu. Elle est méconnue en raison de l’âge des belligérants : entre 7 et 13 ans. Amélie Nothomb, fille de consul, raconte dans ce livre sa vie à Pékin en famille, et surtout, entre enfants. S'il s'agit d'un roman, le contexte d'officiels occidentaux parqués en ghettos dans un pays communiste à l'administration opaque est à peine croyable, et à ce titre, méritait d'être écrit. La vie quotidienne des enfants livrés à eux-mêmes vient en complément, retracée avec précision, humour, franchise, sincérité et une pointe de brutalité.

L’imaginaire de l’enfant est retranscrit avec jubilation par l’écrivain adulte. Amélie Nothomb conte à merveille, de sa voix de petite fille, l’enfance où l’on ne vit que dans le présent, l’enfant centre de son propre monde, où un ange peut se révéler un démon, un monde avec ses lois ses principes sa cruauté, son sens des valeurs et du courage, dont les adultes sont exclus. Retour dans un monde oublié. 


D'une écriture percutante composée de phrases courtes, d'un vocabulaire précis et lettré, de mots magnifiques (subséquente, amphigourique) ou étranges (épanodiplose), la toute jeune auteure - dont c’est le deuxième livre après Hygiène de l’assassin, manie les adjectifs comme un feu d’artifice, les phrases à la mitraillette comme la petite Amélie - cinq à sept ans dans le récit, les idées loufoques. 

J’adore la pointe de folie, les mots à chercher dans le dictionnaire, l’humour corrosif et les remarques de génie. Le lecteur passe un moment formidable et ressort de la lecture plus intelligent.


Le sabotage amoureux, d'Amélie Nothomb

Aux éditions Albin Michel et Livre de Poche

Quand tu écouteras cette chanson, de Lola Lafon

L'auteure, à l'invitation des éditions Stock, choisit de passer une nuit dans la Maison Anne Frank d'Amsterdam. Toute la nuit, elle circule, seule dans les pièces et les couloirs du musée et de l'Annexe, affrontant avec difficulté l'entrée dans la chambre de la jeune fille disparue. Les membres de la famille Frank, leurs bienfaiteurs comme leurs ennemis viennent à la rencontre des membres de la famille de Lola Lafon, et ressurgit un ami perdu. 

Un récit poignant où se rejoignent l'histoire d'Anne Frank, celle de la famille et le passé de l'autrice.  

Le livre est composé de courts chapitres percutants, où, d'une écriture forte et précise, l'écrivaine transcrit avec honnêteté et justesse l'absence, les non-dits, ses propres hésitations et difficultés.
Ce livre est tout à la fois, un témoignage, une expérience, une étude, un carnet de bord, une biographie familiale, géographique et historique. Il parle d'écriture, de famille, d'amitié, de ségrégation, d'extermination, d'adaptation, de féminité, de destruction. Il pose des questions primordiales.

Un texte à la fois personnel et universel, très puissant, très beau. Une lecture essentielle.

Quand tu écouteras cette chanson, de Lola Lafon
aux éditions Stock et Le Livre de Poche
Grand prix des lectrices Elle 2023, prix Décembre, prix les Inrockuptibles
Collection Ma nuit au musée, éditions Stock.

Premier sang, d'Amélie Nothomb

Dans Premier sang, l'écrivaine conte l'histoire de son père, de la naissance de ce dernier, à un évènement dramatique, l'année de ses vingt-huit ans.

Le petit Patrick nait en 1936 en Belgique, il grandit dans l'ombre évanescente d'une mère belle et mondaine qu'un veuvage prématuré a éloignée des sentiments maternels. L'enfant vit chez les parents de sa mère, auprès d'un grand-père général soucieux de son éducation et d'une grand-mère douce et affectueuse.

Avant son entrée en primaire il est envoyé, pour s' "endurcir", dans la famille paternelle qu'il n'a jamais rencontrée. Il découvre alors un grand-père noble et ruiné, poète, sa seconde épouse, une fratrie de dix enfants sous-alimentés et déchainés. Contre toute attente il a un coup de coeur pour le château sublime malgré son manque du plus élémentaire confort, la force de la nature dans cette forêt des Ardennes, et se sent heureux d'appartenir à un groupe d'enfants, même s'ils lui en font voir de toutes les couleurs.
Au fil des années, il se construit ainsi, entre ses études à Paris, les étés et les Noëls chez les Nothomb.

J'adore l'écriture d'Amélie Nothomb, le rythme enlevé qu'elle donne à ses romans - fictions ou plus personnels, la précision de son écriture qui marie amour de la langue, humour, simplicité et érudition. On sent la joie et la jubilation de placer le bon mot un beau mot un mot formidable, celui qui donnera le ton la précision la sensation exacte. Ce livre se dévore, il est drôle, émouvant, beau et sensible, parle de l'évolution d'une personne dans son milieu, de l'influence des êtres qui nous entourent. Mais aussi des liens familiaux, de la différence, du respect, de la fidélité, ... je vous laisse découvrir le reste, je pars me plonger dans "Le livre des sœurs". 

Premier sang, d'Amélie Nothomb

Le consentement, de Vanessa Springora

Un livre incontournable, essentiel, écrit et publié trente années après la rencontre de la petite V., 13 ans, avec l’écrivain G. M. , 49 ans, et leur relation qui a suivi.

Avec la simplicité désarmante du malheur insidieux qui, avec douceur, vous prend par la main, elle raconte ce qu’elle voit alors comme une grande histoire d’amour.

Rien n’est choquant dans l’écriture, pas de pathos, rien de cru, de vulgaire, « rien d’autre » que l’emprise morale et sexuelle d’un adulte déséquilibré sur une enfant sans expérience, non protégée. Les dérives de l'époque, où la libération sexuelle et celle de la femme ont fragilisé les plus jeunes, l'absence de cadre familial, la complaisance du milieu littéraire des années 80 sont incompréhensibles.

La violence revient comme une claque après la rupture, quand la toute jeune fille vide de sa propre existence s’observe comme une étrangère, met des décennies à avancer alors que l’on voit l’écrivain passer à de nouvelles aventures adolescentes,  continuer sur V. son œuvre d’emprise, être publié, lu et jusque récemment, admiré. Heureusement, le temps fait son œuvre et il a commencé à entrer dans l’oubli avant d’être rattrapé par le courage et la force du récit de Vanessa Springora. 


Ce livre est à mettre entre toutes les mains, celles des jeunes filles, de leurs parents, des adultes, de tous les lecteurs. 


Le consentement, de Vanessa Springora

Publié aux éditions Grasset

Et en Livre de Poche

Comme par magie, d'Elizabeth Gilbert

Dans Comme par magie (titre original : Big Magic), le lecteur retrouve la plume drôle et précise d’Elizabeth Gilbert, celle qui raconte avec justesse et humilité ses tribulations vers une vie nouvelle et meilleure dans Mange Prie Aime. La traduction est bien faite : en lisant le texte en français j’avais l’impression d’entendre l’auteure me parler en américain. 

Elizabeth Gilbert a le don de dire avec conviction des choses bizarres, telle la théorie des idées qui flottent à la recherche d’un partenaire humain, et de si bien les expliquer que l’on doit admettre qu'elles font sens. Tournant en dérision les manifestations du manque de confiance créative, elle les banalise, c'est très efficace. De plus, il y a dans ce livre une telle simplicité, un tel pragmatisme, une énergie communicative et cet humour inné, que ses idées nous touchent. En tous cas, elles m’ont touchée.

Alors confiance et persévérance dans la lecture : ce livre a l’air amusant et léger, il est en fait profond, très juste et passionnant. Mon passage préféré est celui où, après avoir expliqué qu’il nous faut la permission de personne pour être créatif, elle dit simplement : "s’il vous faut vraiment une permission : VOILÀ je vous la donne". Très drôle, simple et efficace.

Alors : à travers les chapitres Courage, Enchantement, Permission, Persistance, Confiance et Divinité, prenez votre créativité par la main, ou bien l’inverse, il ne vous reste plus qu’à vous lancer.

Comme par magie d'Elizabeth Gilbert
Vivre sa créativité sans la craindre

La tresse, de Laetitia Colombani

La tresse croise le destin de Smita, indienne Intouchable, Giulia, jeune fille sicilienne, et de Sarah, avocate canadienne. Une fracture dans leur vie les confrontant chacune à une forme discrimination, ces trois femmes doivent mettre en œuvre une grande volonté pour continuer d'avancer malgré la peur et les difficultés, pour gagner la place qu'elles ont choisie.
Ces histoires entrelacées, rythmées et finement écrites, nous rappellent que même à notre époque moderne, partout dans le monde, les femmes font face à différents types de ségrégation, tels le sexe, l'appartenance, l'âge, ou la maladie. Rien ne nous est acquis, sinon notre propre détermination.

La tresse, de Lætitia Colombani,
édité par Le Livre de Poche

+ Voyez également

++ Je vous conseille également Les Victorieuses, du même auteur, un roman lui aussi habité par la force des femmes


L'élixir d'amour, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Deux ex-amants éloignés, par la vie et les kilomètres, entament une relation amicale épistolaire entre Paris et Montréal. Ces échanges sont pour eux l'occasion de disserter de l'amour en particulier et de l'existence en général. 

Au cœur de ce melting-pot de hasards, de volontés et d'évolutions, quel souvenir, quel avenir seront possibles pour leur amour ?

Un roman au rythme rapide, à l'air léger, au cœur drôle et sincère. 
 
L'Élixir d'amour, d'Éric-Emmanuel Schmitt 
Au Livre de Poche


L’irrégulière, d'Edmonde Charles-Roux

Un livre, plus qu’une biographie.

Sur-documenté, l'Irrégulière fait revivre une époque et des événements finement analysés, ressurgir des hommes des femmes des lieux des métiers, des villes entières afin d’accompagner la lente transformation de Gabrielle Chanel en Coco, de la campagne à Paris, à travers ses proches et les rencontres qui, loin de la détruire, l’aident à se construire. 


Un texte très dense, documenté de références littéraires, artistiques et culturelles qualifiées, recherché et remarquablement bien écrit, développé d’un style riche, dense et nerveux.

Une exigence pour essayer de comprendre cette femme complexe, une énigme qui aimait tant composer, inventer sa vie, brouiller les pistes pour ne pas se révéler.
On la découvre plus humaine, par son ambition qui se cherche, ses doutes, ses essais sans issue, ses avis assumés, son mode de vie avant-gardiste, ses fêlures, ses contradictions.
Une femme pour laquelle seule comptait sa liberté.

L'irrégulière, d'Edmonde Charles-Roux
Aux éditions Livre de Poche

Les quatre filles du Docteur March, de Louisa May Alcott

La sortie d'une nouvelle adaptation cinématographique (lire le sujet sur From Soph to You) invite à la relecture ou la découverte -pour les plus jeunes- du formidable roman de Louisa May Alcott.

Largement autobiographique, l'histoire de ces quatre sœurs volontaires et si différentes durant la guerre de Sécession est devenu un classique de la littérature, destiné autant aux adolescents qu'adultes.

De nombreux thèmes largement d'actualité sont présents tels le respect des convenances, l'empathie et la générosité, la résilience, le respect du choix des autres, la place dans une fratrie, la place de la femme dans les arts et dans la société.
Les personnages sont superbes, passionnants, très denses et très intenses chacun dans son style avec son caractère. L'histoire est très prenante et vraiment émouvante, même après de nombreuses lectures !

Les quatre filles du Dr March, de Louisa May Alcott
Choisissez une édition en texte intégral :
Tite Fée éditions ou Livre de Poche (3 livres) 
En version originale : Little Women

Une colonne de feu, de Ken Follet

De 1558 à 1620, la superbe fresque de Ken Follet accompagne les méandres historiques qui secouent l’Europe. En France et en Angleterre, les personnages réels et fictifs œuvrent en faveur du catholicisme ou du protestantisme, leurs convictions et luttes de pouvoir s’y mêlant au rythme des changements monarchiques et des différentes alliances.
Les deux personnages centraux, l’anglais Ned Willard et le français Pierre Aumande, deux facettes du bien et du mal, en explorent au long de leur vie au cœur du pouvoir les nombreuses nuances.

Une Colonne de feu : 982 pages très documentées et ultra prenantes dans lesquelles sont abordés des thèmes universels comme le questionnement sur le bien-fondé des affrontements idéologiques religieux, les conséquences de l’ambition et de l’exercice du pouvoir, la place de la femme dans la société, le prix à payer pour la paix, le maintient de l’ordre et la liberté.
La rencontre de l’histoire et la philosophie, portées par une écriture précise et dynamique, finement romancée.

Une Colonne de feu, de Ken Follet
En Livre de Poche, broché chez Robert Laffont ou format Kindle.

Vernon Subutex, trilogie de Virginie Despentes


Le premier livre fait l’effet d’une explosion : la vie de Vernon Subutex implose - plus de job, d’appart, d’argent. Au gré de ses errances, le lecteur découvre d’autres personnages -ses relations, les relations de ses relations- galerie de loosers magnifiques, personnages subtils, humains, attachants. Virginie Despentes semble avoir vécu mille vies pour les raconter dans ces moindres détails.
L’existence désincarnée de codes sociaux tisse un lien étrange entre ces êtres autour de l’éventuel testament d’une rock star disparue.
Les mots sont percutants, le fond très sombre forme comme un magma énigmatique mouvant un peu flippant et ultra prenant. Indéfinissable.

Ainsi on se jette avec rage et espoir sur le tome 2 où l’histoire se précise s’épaissit s’élargit et se recentre, sans cesse s’enrichissant de nouvelles rencontres. Chaque personnage est très habité dans sa globalité, sans jugement, accompagné de ses valeurs et son vécu. En même temps que l’histoire, il avance.
Page 74/400 je fonce voir où en est le tome 3.


Comme les deux premiers, le dernier livre est de qualité anthropologique, historique, comme une photographie de l'époque avec son passé en miroir.
Le héros autant que l'écrivain observent sans juger, détaillent ces hommes et femmes un peu paumés un peu barrés, dans un esprit bienveillant, une ambiance apaisée. Malgré le rock, la dope, la rue, la misère affective ou financière, quelque chose tend Vernon et son cercle de connaissances vers une ré-union, un espoir, quelque chose de plus beau, de plus haut. Convergence.

Les éditeurs ont eu le bon goût de ne rien dire de l’histoire - inracontable au demeurant. Cette façon de laisser le lecteur se frayer un chemin entre jugement et compassion est si rare qu’elle impressionne. Finesse à travers la rudesse, Virginie Despentes passe au scanner notre société, sa réalité ; c’est d’une violence calme, inouïe tant c’est juste autant qu'attachant.
Profondément humain, moins sulfureux qu’il n’y parait.
Très fin et très riche. Ultra moderne.
Une claque littéraire.
 
Vernon Subutex, de Virginie Despentes,
Tome 1, Tome 2, Tome 3 ou l'intégrale en coffret
Au livre de poche

Gabriële, d'Anne et Claire Berest

Gabriële Buffet, musicienne, femme forte, libre, féministe et indépendante, a joué un rôle majeur et relativement méconnu dans la naissance de l'art contemporain.

Par son audace, son sens de l'analyse et de l'anti-conformisme, elle a catalysé, soutenu et guidé son mari le peintre Francis Picabia, ses proches Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire vers une créativité débridée, détachée des carcans, vers le modernisme absolu dans un XXème siècle artistique en pleine révolution.

Ce récit de la première partie de sa vie est écrit avec beaucoup de finesse et de maitrise, de précision dans les descriptions d'époque et l'histoire de l'art. Anne et Claire Berest, ses arrière-petites filles, dépassant rancœurs et tabous, font preuve d'une grande objectivité face à ce sujet familial, et d'une belle cohésion dans cette écriture à 4 mains.

Une vie si riche et passionnante qu'elle se lit comme un roman.

Gabriële, d'Anne et Claire Berest
Aux éditions Stock, format Kindle, Livre de Poche

Prix Grands destins du Parisien week-end
Grand prix de l'Héroïne Madame Figaro

#womanpower

Vous n'aurez pas ma haine, d'Antoine Leiris

Paris, 13 novembre - 25 novembre 2015
Du soir où sa femme est partie assister à un concert au Bataclan,
à la publication sur les réseaux de sa lettre "Vous n’aurez pas ma haine", au cimetière du Montparnasse,
Antoine Leiris dit avec une infinie délicatesse, une simplicité poignante pleine de poésie, la fin, l’absence, la vie, la mort, la continuité.
Très fort, très beau.

Vous n'aurez pas ma haine, d'Antoine Leiris
A lire et faire lire en Livre de poche, format broché chez Fayard, Kindle.

+ Le texte adapté au théâtre au printemps dernier sera à nouveau porté sur scène par Raphaël Personnaz à Paris au théâtre du Rond-Point du 14 novembre au 10 décembre, puis en régions.

Une vie, de Simone Veil

Le livre essentiel pour mieux connaître Simone Veil, sa vie, ses actions, ses idées et le bilan qu'elle en fait. Elle prend enfin la parole en 2009 pour cette autobiographie qui raconte son parcours, de l'enfance niçoise à l'Académie Française

Témoin de la Shoah, elle livre sans pathos avec un recul admirable le récit de la déportation de sa famille, la vie dans les camps, les détails et liens qui changent leur avenir. Puis le retour à Paris, la reprise des études avec une vie de famille très en avance sur son temps. La suite, sa vie politique dédiée à la France et à l'Europe, son combat pour les femmes, sont éclairés de sa vision des faits, de détails passionnants, surprenants.
Enfin, présidente puis présidente d'honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,  elle a dédié une grande partie de sa vie au témoignage, à l'acceptation et au respect de l'histoire et de la mémoire.

La vie riche d'une femme d'exception, forte, volontaire et d'une droiture exemplaire.
Un an après son décès, elle entre au Panthéon avec son époux Antoine Veil.

Une vie, de Simone Veil
En Livre de Poche, version brochée aux éditions Stock, ou au format Kindle. 

#womanpower

Chroniques 1954-2003 de Françoise Sagan

Pour la première fois, 97 chroniques écrites par Françoise Sagan entre 1954 et 2003 sont réunies dans un ouvrage. Durant sa vie d'écrivain, elle a collaboré à de nombreux magazines et journaux à la pointe de leur époque : Elle -chroniques de voyage, L'Express -actualité et cinéma, puis Femme, Playboy, L'Huma, Vogue, Globe, Le Nouveau Fémina, Egoïste, ...

Précédés d'une autobiographie, ces récits et sujets sont clos de la dernière interview accordée par Sagan à l'Express. Sous sa très belle plume, fine et précise, malicieuse, cultivée, poétique, passionnée, chaque chronique devient une histoire, une nouvelle, un court métrage en puissance.


Dans son sillage partons pour Venise ou New-York, déménageons à Naples, allons échanger avec Yves Saint Laurent, rencontrer Hélène Rochas, Noureev ou Tennesse Williams, se faire une toile, voir un navet romantique, visiter Paris de nuit et découvrir tant d'autres merveilles.


J'aime également le soin porté à ce petit livre qui devient un bel objet, décoratif et précieux avec sa couverture rigide et ses couleurs fluo. Superbe, aussi moderne à l'intérieur qu'à l'extérieur, à offrir et à s'offrir, à lire d'une traite ou par sujet, comme vous voulez !

Chroniques 1954-2003 de Françoise Sagan
Avec un avant-propos de son fils Denis Westhoff
Édité par le Livre de Poche



#womanpower

Stupeur et Tremblements, d'Amélie Nothomb

Tyrannie et subordination au pays du soleil levant. Amélie, jeune stagiaire belge dans une grande entreprise japonaise, mesure l’abîme culturel entre l’orient et l’occident.
Humiliation et incompréhension mutuelle : Stupeur et Tremblements expose d’impossibles relations professionnelles et humaines.

À travers son expérience mêlée de fiction, l’auteur nous offre un récit riche en humour féroce, en érudition, d’un style ciselé.
La conclusion de ce livre me donne à penser que le jugement par autrui n’est que pure subjectivité, les talents de chacun n’étant connus que d’eux-mêmes.

Stupeur et Tremblements d'Amélie Nothomb
Grand prix du Roman de l'Académie Française 1999
Est publié en Livre de Poche, en version brochée par Albin Michel.

En a été tiré en 2002 un film d'Alain Corneau avec Sylvie Testud.

Les heures souterraines, de Delphine de Vigan

Des heures souterraines où le lecteur est accroché par le rythme de l'histoire, à la suite de personnages dans lesquels il pourrait de se reconnaître. Leur passé dévoilé par à-coups développe l'histoire à un rythme saccadé et prenant.

À travers la responsable marketing mère célibataire et l'homme, trop seul, trop tard, le livre montre les violences discrètes quotidiennes, la vie personnelle ou professionnelle rendue insupportable. Ce moment où le corps et l'esprit ploient, plongent, peut-être incapables de se relever. Les itinéraires parallèles de tous ceux qui vont mal, en équilibre entre tenir debout et baisser les bras. 

Avec une précision si juste, Delphine de Vigan dessine le contour du mal-être, sa transparence et son épaisseur, sa matière, son atmosphère.

Les heures souterraines, de Delphine de Vigan
En livre de poche
Version brochée chez JC Lattès