La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.
Affichage des articles dont le libellé est Grasset. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Grasset. Afficher tous les articles

Jours sans faim, de Delphine de Vigan (Lou Delvig)

Laure a dix-neuf ans, mesure un mètre soixante-quinze et pèse trente-six kilos. Elle ne peut plus parler ni lire, presque plus réfléchir, marcher sans tomber, s’assoir sans que la pointe de ses os ne lacère sa peau.

Dans ce livre comme un journal de bord, hospitalisée aux portes de la mort et de la folie, jour après jour elle lutte contre elle-même, contre le double malfaisant à qui elle a donné un nom, contre l'impératif de contrôle qui régissait sa vie. Bouchée après bouchée, un liquide de gavage coulant par le nez, comptant les calories elle revient à la vie en voyant avec angoisse les kilos revenir. Épaulée par le médecin qui l’a prise en charge, écoutée, portée à bout de bras, vue pleurer, crier, elle avoue par bribes une mère malade, absente, un père furieux, maltraitant et une belle-mère assortie, une sœur et un frère également pris en otage.

Autour de Laure les patients - boulimique, anorexique, en surpoids ou en fin de vie, habitent chacun quelques mètres de l’espace hospitalier, mêlant aux autres à sa façon une tranche de vie.

La maladie pour seule moyen d’exister ? Si elle sort, si elle s’en sort, Laure devra, seule, répondre à cette question.


Ce roman, premier texte publié (sous pseudonyme) par Delphine de Vigan, fait écho au récit de son magnifique livre autobiographique, Rien ne s’oppose à la nuit

Un récit dur, fort, puissant, très bien écrit, dont les mots et les idées sont aussi difficiles à lire qu’indispensables à dire.


Jours sans faim, de Delphine de Vigan

Aux éditions J'ai lu, Folio, Grasset

Le consentement, de Vanessa Springora

Un livre incontournable, essentiel, écrit et publié trente années après la rencontre de la petite V., 13 ans, avec l’écrivain G. M. , 49 ans, et leur relation qui a suivi.

Avec la simplicité désarmante du malheur insidieux qui, avec douceur, vous prend par la main, elle raconte ce qu’elle voit alors comme une grande histoire d’amour.

Rien n’est choquant dans l’écriture, pas de pathos, rien de cru, de vulgaire, « rien d’autre » que l’emprise morale et sexuelle d’un adulte déséquilibré sur une enfant sans expérience, non protégée. Les dérives de l'époque, où la libération sexuelle et celle de la femme ont fragilisé les plus jeunes, l'absence de cadre familial, la complaisance du milieu littéraire des années 80 sont incompréhensibles.

La violence revient comme une claque après la rupture, quand la toute jeune fille vide de sa propre existence s’observe comme une étrangère, met des décennies à avancer alors que l’on voit l’écrivain passer à de nouvelles aventures adolescentes,  continuer sur V. son œuvre d’emprise, être publié, lu et jusque récemment, admiré. Heureusement, le temps fait son œuvre et il a commencé à entrer dans l’oubli avant d’être rattrapé par le courage et la force du récit de Vanessa Springora. 


Ce livre est à mettre entre toutes les mains, celles des jeunes filles, de leurs parents, des adultes, de tous les lecteurs. 


Le consentement, de Vanessa Springora

Publié aux éditions Grasset

Et en Livre de Poche

"J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste" de Loïc Prigent

Quatre saisons dans le milieu de la mode, 250 pages de citations, autant de pépites.
Créateurs, assistants, anonymes, people, journalistes, rédactrices, mannequins, organisateurs, ... échangent le plus sérieusement des conversations d'un autre monde n'ayant pas échappé à l'oreille aiguisée de Loïc Prigent.

La force de ce recueil, outre sa modernité, est de capter la réalité brute de décalage de la vie au cœur des défilés de mode.
Hilarant, réaliste, effrayant, grinçant, mordant, cruel et presque triste, véridique autant qu'absurde; des dialogues à la fois complètement déplacés et parfaitement justes.
Jubilatoire.

La version poche à l'amusante couverture miroir offre également une série de stickers collector et une saison 2017 inédite.

J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste, de Loïc Prigent
Version brochée éditée chez Grasset
Poche chez Points
Également en format Kindle

Windows on the World, de Frédéric Beigbeder

Dans Windows on the World, Beigbeder emprunte un nom et une vie pour écrire ce roman réaliste. Il n'hésite pas à appuyer là où ça fait mal pour faire comprendre à ses lecteurs que le drame du 11 septembre 2001 est encore pire que ce qu'ils imaginent.
Pire que le sort des morts lors de l'impact des avions dans les tours, il y a celui de ceux qui y ont survécu ... pour mourir quelques heures plus tard, en toute conscience dans des conditions atroces. Afin de bien enfoncer le clou, il choisi de mettre en scène un père divorcé et ses deux enfants en visite tout en haut des Twins Tower du World Trade Center et leur mère dans un état indescriptible, au téléphone. Pour mieux les comprendre, l'auteur se met dans une situation potentiellement similaire avec sa propre fille et alterne les deux récits.

Même s'il est un roman, ce livre est un choc que les habitants de notre monde moderne devraient lire, tout comme il faut se rendre au mémorial à New-York : pour ne pas oublier, par tous les moyens.

Windows on the World, de Frédéric Beigbeder
Prix Interallié 2003,
est édité par Grasset, en poche par Folio.