La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.

S’adapter, de Clara Dupont-Monod

Au cœur des Cévennes, dans une famille - deux parents un aîné une cadette, naît un troisième bébé. L’enfant ne voit pas, bouge très peu, ne parlera pas. Son espérance de vie n’excède pas quelques années.

Comme l'enfant ressent, entend, très vite son aîné se tourne entièrement vers lui, tandis que sa sœur s’en éloigne, se protège. Pour les parents, l’organisation, les revers de l’administration, les soins quotidiens rythment les mois et les saisons. Faut-il placer l’enfant ? Comment vivre avec, omniprésente, la trace de la malchance ?

Il émane de ce récit une lumière, et une humanité bouleversante, portées par une écriture magnifique qui donne une place essentielle à la nature, à l’environnement, aux sensations. Découpé en trois chapitres rapportant les points de vue de trois enfants de la fratrie, le livre n’omet rien, ne fait pas de cadeau, et malgré cela tout est beau. 


Une ode à la différence, ce qu’elle est, ce qu’elle implique et ce qu’elle induit, ce qu’elle enlève et ce qu’elle apporte. Sublime et puissant. 

S’adapter est de ces livres rares qui prennent par le cœur et, la dernière page tournée, laissent sidéré, parcouru d’un frisson. 



Prix Fémina, prix Goncourt des lycéens, prix Landerneau

L’amour, de François Bégaudeau

Francois Bégaudeau conte en accéléré la vie du couple Jeanne et Jacques, d'une langue à la fois authentique et précise ; en 97 pages, il peint le cours de leur existence. 

Des années 70 à nos jours, le rythme du récit embarque le lecteur qui, dans le quotidien, voit se dérouler plusieurs époques - comme dans un film, sur un paysage identique, de saison en saison, d’année en année. 


L’universalité de l'histoire se déduit de la richesse des détails, du phrasé des différentes décennies, des sentiments de chaque personnage. Une tranche de vie(s) à valeur anthropologique, photographie vivante de l’humanité. 


Ce roman a autant de charme qu'il se révèle profond.

Une pépite de réalité idéale, dans notre monde rapide et numérique. 


L’amour, de François Bégaudeau

Aux éditions Verticales

En poche chez Folio

Une drôle de peine, de Justine Lévy

Un matin, j’écoutais dans le podcast du Elle, Nocturne*, la lecture à voix haute du début du livre de Justine Lévy, Une drôle de peine, par Ava Djamshidi.
Une demi-heure, à peine, une demi-heure en apnée la boule au ventre, les larmes au bord des cils, espérant que l'ensemble du texte va se dérouler. Une demi-heure à oublier le train les personnes les voitures, marcher sans regarder les trottoirs.
Plus rien ne compte, alors, que ce que raconte la petite fille, l’adulte, de sa vie, de son expérience, de sa maman, qu’elle appelle ainsi au fil des pages. C’est si puissant, fort, triste, raconté avec une forme de légèreté comme Justine Lévy sait si bien le faire, parfois drôle, souvent difficile.

Trois minutes après la fin de l'audio je trouve sur ma route une librairie. Je repars avec le texte pour l’ouvrir et ne plus le refermer jusqu’aux derniers mots. Espérer ensuite que Justine Lévy écrive un autre livre.

Une drôle de peine donne l'impression d'un coup de poing, le coup de poing envoyé par une petite main, un livre dans lequel on tombe, on se jette et qu’on peut plus quitter.

Un voyage intime et géographique, une quête éperdue de l'auteure sur les traces de sa mère.

Un livre qui, à la question : où se trouvent les parents qui ne sont plus ? offre comme réponse : nulle part et partout à la fois. 


Une drôle de peine, de Justine Lévy

Aux éditions Stock


+ Chronique de ses précédents livres sur ce lien.

Surrender, 40 chansons, une histoire, de Bono

Dans ce livre aux éditions @editionsfayard, se trace le récit d'une vie unique (musique, vie sociale, acitivisme,... ) en 40 chansons iconiques, autour desquelles Bono se raconte à plusieurs époques fondatrices, profondément marqué par l'histoire contemporaine de l'Irlande, et par les remous géopolitiques d'un monde en constante évolution.

Un texte très riche (700 pages), illustré de la main de l'auteur et de photos personnelles. Passionnant.


En complément je conseille de ré-écouter l’album Songs of innocence, et de visionner le documentaire Stories of Surrender, (sur Canal Plus). Bono y livre une prestation bluffante: 1h 20 de one man show dans lequel, avec des mots, un humour bien à lui, et de la musique - bien sûr, il livre ses expériences marquantes d'homme et de musicien.


La mer est un mur, de Marin Postel

À quelques encablures du continent, l’île de Quiesay est divisée d’une ligne invisible et puissante. De part et d’autre : les propriétaires dans leurs maisons peu importe depuis combien de générations, et les insulaires isolés dans une ancienne caserne et dans leur vie précaire. 

Le jeu de la cohabitation coule ses remous au gré des vacances d’été, la distance relative maintenant un équilibre vacillant. 


Quand le narrateur voit son frère Antoine franchir la ligne, tenter de se faire adopter, de construire une vie et des amitiés avec le clan adverse, le lecteur suit dans un récit de plus en plus dense, sa lente glissade vers une fin inéluctable. 


La mer est un mur est un roman très fort, très bien écrit. L’histoire d’une famille qui se désintègre dans un environnement où la nature restera toujours la plus forte. 


La mer est un mur, de Marin Postel

Aux éditions Phébus

L’art de la victoire (Shoe dog), de Phil Knight

L’histoire de Phil Knight et de la création de Nike aurait pu être une success story comme une autre. Le titre français porte à confusion : il n’en est rien.
Ce livre est l’histoire d’un homme avec une idée folle, de son parcours semé d’échecs, de petites victoires, de revirements, de mauvaises nouvelles à répétition, de travail acharné. Pour preuve, quand tout a commencé pour Nike, Phil Knight s’était lancé depuis dix ans.

Il ne tait rien dans ce livre, ni les doutes, ni les abattements, ni les crises d’angoisse, ni l'étau autour d'une vie familiale au cœur de l’instabilité de son business. Il nous donne également à ressentir avec justesse et humilité le manque de confiance, et ce sentiment d’imposture bien connu de nos jours. 


Le récit évolue dans l’Amérique depuis les années 60, avec pour cadre une mondialisation faite de soubresauts, d'alliances, d'ouverture et de nouveaux acteurs. Le tableau géopolitique joue un rôle déterminant dans la saga Nike, en particulier les relations commerciales à la fois stratégiques et tendues, des États-Unis avec le Japon d'après guerre. 


L’aventure Nike est également une belle aventure humaine, celle d'un jeune entrepreneur entouré pour le meilleur (et parfois pour le pire) d’une équipe constituée de son ex-entraîneur et d’anciens sportifs. Ces hommes ont révolutionné le marché des chaussures de sport au profit de plusieurs générations d’athlètes et du grand public. 


L’histoire de Nike est celle d’un nom choisi  dans l’urgence, de chaussures de sport améliorées sans relâche par des sportifs, pour des sportifs, celle d’un projet porté par la créativité et l’insistance, affiné durant de longues années. Un projet qui aurait mille fois pu rater.


Ce livre passionnant a un atout complémentaire : il est bien écrit, très dynamique - un vrai page turner (622 pages en version poche), même pour les non-coureurs et les non-entrepreneurs, aussi riche de détails que du flou des années passées.

Je ne l’aurais sans doute pas lu si mon chéri ne me l’avait tendu, ma pile à lire de vacances déjà dévorée, toute librairie ouverte hors de portée. Et voilà, c’est mon préféré de l’été. 


L'art de la victoire, de Phil Knight

Aux éditions Hugo Publishing



De guerre lasse, de Françoise Sagan

En l’espace de sept jours au soleil, en province, le récit se déroule dans le calme inquiétant de la zone libre, dans les rues d’un Paris occupé par la haine et l’idéologie nazie. Le trio immémorial - l’amant, la maîtresse, l’ami, réinterprête la danse de la vie face à la folie humaine, face à l’ombre menaçante de la mort. 


À travers Alice, Jérôme, Charles - ses personnages, Francoise Sagan s’offre le luxe de parler d’amour en même temps de parler de la guerre, de la terre, de liberté, d’amitié, de totalitarisme, de complaisance, de résistance, de ce que l’espèce humaine est capable de se faire à elle-même. 


Un ultime chapitre, éblouissant, voit se profiler le basculement de 1942, l’horreur tout recouvrir, les terres, l’avenir. 

Reste l’été 42 comme une éphémère parenthèse ensoleillée, une dernière pirouette sous les volutes de l’écriture d’une Sagan au sommet de son art.


De guerre lasse, de Françoise Sagan

Aux éditions Gallimard et en poche chez Folio

Les braises de Patagonie, de Delphine Grouès

Les braises de Patagonie est un voyage, un voyage géographique, un voyage littéraire et un voyage dans le temps.

Le livre suit en parallèle Valentina, femme médecin dans le Chili des années 50, et Luis, qui quitte la France pour Santiago au décès de sa mère, pour partir sur les traces de son père, d'une famille inconnue, de son histoire. 

Des débuts de chapitres forts et poétiques ancrent les personnages dans de puissants paysages, les aller-retours entre le passé et le temps présent découvrent les branches d'un arbre généalogique - certaines bien vivantes, d'autres méconnues, disparues, tronquées, altérées.


Le récit s'appuie sur la réalité d'une région en n’omettant rien des atrocités commises au nom de la politique, de la géopolitique, du sort des indigènes décimés au nom de quoi, d’une région dévastée par les changements agricoles, d’une écologie de plus en plus menacée. Seules une connaissance précise et une écriture exigeante peuvent comme ici décrire la singularité d’un paysage, d’une région, la puissance de ses conditions météorologiques et sa géologie tourmentée, la pluralité de ses hommes, de ses époques.


L'histoire est ainsi portée par les vents par la pluie, sur les crêtes, à la surface de l’eau glacée, sur les îles reculées. S’y mêlent le passé de la Patagonie et celui des personnages dans leur quête de vérité, de liberté. J’aime en Valentina l'image d'une femme forte, indépendante malgré tout fragile, qui suit son instinct et grave le sillon de futures générations. 


Sur les chemins et les routes de Patagonie, à la recherche de sa famille, de ses racines, sur les traces de sa grand-mère, Luis découvrira peut-être sa voie. 


Les braises de Patagonie, de Delphine Grouès

Aux éditions du Cherche Midi, collection Les passe-murailles

17 ans à jamais, de Gaël Aymon

Dans une ville du nord de la France, au printemps 1916, Marthe a 17 ans. Alors qu’elle sent le conflit lui voler sa jeunesse, rencontrer André - enfant de l’assistance publique, va changer le cours de sa vie. 

Du peu de temps qu’ils peuvent passer ensemble, ne reste bientôt que l’image de leur reflet, en gage d’une promesse qui seule, va la porter. 


Dans sa quête pour le retrouver, Marthe voit passer les années qui semblent glisser sur elle. Comment vivre avec l’étrangeté, comment à chaque fois se réinventer ? Comment ne pas perdre espoir alors qu’au fil du temps le monde change et elle pas, que la présence d’André l’accompagne et parfois s’efface ?


Dans cette fresque palpitante, ambitieuse, ultra documentée, au carrefour d’un roman historique, d’un roman young adult de qualité et d’un récit fantastique, les lecteurs de tout âge sont invités à suivre l’histoire magnétique de cette jeune femme dans l’histoire de France, dans l’histoire du monde. 


Dix-sept ans à jamais, de Gaël Aymon

Aux éditions Nathan


Prix Libraires en Seine 2025