La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.

16 mai 2022

Le consentement, de Vanessa Springora

Un livre incontournable, essentiel, écrit et publié trente années après la rencontre de la petite V., 13 ans, avec l’écrivain G. M. , 49 ans, et leur relation qui a suivi.

Avec la simplicité désarmante du malheur insidieux qui, avec douceur, vous prend par la main, elle raconte ce qu’elle voit alors comme une grande histoire d’amour.

Rien n’est choquant dans l’écriture, pas de pathos, rien de cru, de vulgaire, « rien d’autre » que l’emprise morale et sexuelle d’un adulte déséquilibré sur une enfant sans expérience, non protégée. Les dérives de l'époque, où la libération sexuelle et celle de la femme ont fragilisé les plus jeunes, l'absence de cadre familial, la complaisance du milieu littéraire des années 80 sont incompréhensibles.

La violence revient comme une claque après la rupture, quand la toute jeune fille vide de sa propre existence s’observe comme une étrangère, met des décennies à avancer alors que l’on voit l’écrivain passer à de nouvelles aventures adolescentes,  continuer sur V. son œuvre d’emprise, être publié, lu et jusque récemment, admiré. Heureusement, le temps fait son œuvre et il a commencé à entrer dans l’oubli avant d’être rattrapé par le courage et la force du récit de Vanessa Springora. 


Ce livre est à mettre entre toutes les mains, celles des jeunes filles, de leurs parents, des adultes, de tous les lecteurs. 


Le consentement, de Vanessa Springora

Publié aux éditions Livre de Poche

15 mai 2022

La place, d'Annie Ernaux

De son écriture au couteau, Annie Ernaux tranche sans complaisance dans ses souvenirs pour dessiner la silhouette de son père. L’épicerie, le café, la province, son enfance ; puis ses études, son mariage, sa nouvelle vie. 

À la fois actrice et observatrice, confrontée à la condition dans laquelle sa famille continue d’évoluer,  troublée elle observe le changement qui s’opère petit à petit quand elle quitte leur monde pour celui de la culture et d’une aisance bourgeoise. 

Alors dans son récit elle épure, coupe, choisit, pour ne garder que l’essentiel : la vie quotidienne, les habitudes, les manières, le langage, qui disent tout d’une classe sociale, d’une région, d’une époque, avec l’existence de son père au cœur de la toile. 


J'ai choisi l'édition Folio plus classiques - 2Oe siècle destinée aux lycéens, qui ajoute au texte intégral une lecture d'image sur Claude Batho (Le couloir, Olette - en couverture) par Olivier Tomasini et un dossier de mise en perspective de l'œuvre par Jean-Louis Fort (courant littéraire, genre, groupement de textes sur la relation père-fille, chronologie et fiche de lecture).


La place, Annie Ernaux

21 avr. 2022

Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry


Terre des Hommes n'est ni un roman, ni un livre biographique. C'est le récit de tranches de vie, celles de héros du quotidien qui ont tout risqué pour faire avancer le transport, les liaisons, pour livrer le courrier en avion au bout du monde dans des lieux inhospitaliers et des conditions extrêmes.
Les mots volent, eux aussi, au fil des pages, entre poésie et philosophie. Dans cette recherche humaniste, Antoine de Saint-Éxupéry parle de son métier en parlant rarement de lui-même, et témoigne à travers ces lignes d'un profond respect pour les hommes comme pour la terre.

Au cœur du récit, il pose des pensées universelles qui -parfois malheureusement- sont toujours d'actualité quatre-vingts ans plus tard, véhiculées par des phrases magnifiques, tellement belles qu’elles peuvent être relues à l'infini. À la recherche d'un beau passage à partager, j'ai presque corné toutes les pages du livre et ne savais plus que choisir.
Les mots, les idées sublimes sont dans Terre des Hommes d’une grande justesse, d’une profonde humanité, sans emphase sans prétention, juste l’envie de rapporter des bribes de vies, un souffle du désert. 

Un texte essentiel.

 

17 mars 2022

Comme par magie, d'Elizabeth Gilbert

Dans Comme par magie (titre original : Big Magic), le lecteur retrouve la plume drôle et précise d’Elizabeth Gilbert, celle qui raconte avec justesse et humilité ses tribulations vers une vie nouvelle et meilleure dans Mange Prie Aime. La traduction est bien faite : en lisant le texte en français j’avais l’impression d’entendre l’auteure me parler en américain. 

Elizabeth Gilbert a le don de dire avec conviction des choses bizarres, telle la théorie des idées qui flottent à la recherche d’un partenaire humain, et de si bien les expliquer que l’on doit admettre qu'elles font sens. Tournant en dérision les manifestations du manque de confiance créative, elle les banalise, c'est très efficace. De plus, il y a dans ce livre une telle simplicité, un tel pragmatisme, une énergie communicative et cet humour inné, que ses idées nous touchent. En tous cas, elles m’ont touchée.

Alors confiance et persévérance dans la lecture : ce livre a l’air amusant et léger, il est en fait profond, très juste et passionnant. Mon passage préféré est celui où, après avoir expliqué qu’il nous faut la permission de personne pour être créatif, elle dit simplement : "s’il vous faut vraiment une permission : VOILÀ je vous la donne". Très drôle, simple et efficace.

Alors : à travers les chapitres Courage, Enchantement, Permission, Persistance, Confiance et Divinité, prenez votre créativité par la main, ou bien l’inverse, il ne vous reste plus qu’à vous lancer.

+ Mange, prie aime, un Livre de Poche également

+ Et Mange, prie, aime, le film, avec Julia Roberts