La lecture m’accompagne et me nourrit au quotidien depuis l’enfance. Partager les ouvrages qui m’ont touchée intéressée amusée scotchée ou bouleversée est un plaisir supplémentaire. Et un tremplin vers le partage intime et ultime : l’écriture, qui m’anime et me passionne tout autant.
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L’art de la victoire (Shoe dog), de Phil Knight

L’histoire de Phil Knight et de la création de Nike aurait pu être une success story comme une autre. Le titre français porte à confusion : il n’en est rien.
Ce livre est l’histoire d’un homme avec une idée folle, de son parcours semé d’échecs, de petites victoires, de revirements, de mauvaises nouvelles à répétition, de travail acharné. Pour preuve, quand tout a commencé pour Nike, Phil Knight s’était lancé depuis dix ans.

Il ne tait rien dans ce livre, ni les doutes, ni les abattements, ni les crises d’angoisse, ni l'étau autour d'une vie familiale au cœur de l’instabilité de son business. Il nous donne également à ressentir avec justesse et humilité le manque de confiance, et ce sentiment d’imposture bien connu de nos jours. 


Le récit évolue dans l’Amérique depuis les années 60, avec pour cadre une mondialisation faite de soubresauts, d'alliances, d'ouverture et de nouveaux acteurs. Le tableau géopolitique joue un rôle déterminant dans la saga Nike, en particulier les relations commerciales à la fois stratégiques et tendues, des États-Unis avec le Japon d'après guerre. 


L’aventure Nike est également une belle aventure humaine, celle d'un jeune entrepreneur entouré pour le meilleur (et parfois pour le pire) d’une équipe constituée de son ex-entraîneur et d’anciens sportifs. Ces hommes ont révolutionné le marché des chaussures de sport au profit de plusieurs générations d’athlètes et du grand public. 


L’histoire de Nike est celle d’un nom choisi  dans l’urgence, de chaussures de sport améliorées sans relâche par des sportifs, pour des sportifs, celle d’un projet porté par la créativité et l’insistance, affiné durant de longues années. Un projet qui aurait mille fois pu rater.


Ce livre passionnant a un atout complémentaire : il est bien écrit, très dynamique - un vrai page turner (622 pages en version poche), même pour les non-coureurs et les non-entrepreneurs, aussi riche de détails que du flou des années passées.

Je ne l’aurais sans doute pas lu si mon chéri ne me l’avait tendu, ma pile à lire de vacances déjà dévorée, toute librairie ouverte hors de portée. Et voilà, c’est mon préféré de l’été. 


L'art de la victoire, de Phil Knight

Aux éditions Hugo Publishing



La place, d'Annie Ernaux

De son écriture au couteau, Annie Ernaux tranche sans complaisance dans ses souvenirs pour dessiner la silhouette de son père. L’épicerie, le café, la province, son enfance ; puis ses études, son mariage, sa nouvelle vie. 

À la fois actrice et observatrice, confrontée à la condition dans laquelle sa famille continue d’évoluer,  troublée elle observe le changement qui s’opère petit à petit quand elle quitte leur monde pour celui de la culture et d’une aisance bourgeoise. 

Alors dans son récit elle épure, coupe, choisit, pour ne garder que l’essentiel : la vie quotidienne, les habitudes, les manières, le langage, qui disent tout d’une classe sociale, d’une région, d’une époque, avec l’existence de son père au cœur de la toile. 


J'ai choisi l'édition Folio plus classiques - 20e siècle destinée aux lycéens, qui ajoute au texte intégral une lecture d'image sur Claude Batho (Le couloir, Olette - en couverture) par Olivier Tomasini et un dossier de mise en perspective de l'œuvre par Jean-Louis Fort (courant littéraire, genre, groupement de textes sur la relation père-fille, chronologie et fiche de lecture).


La place, d'Annie Ernaux

Aux éditions Gallimard

En édition Folio plus classiques - 2Oe siècle